amour-stephanois

Venise, Paris, New-York… Il y a des villes faites pour l’amour. Je te le donne en mille, Saint-Étienne n’en fait pas partie et pourtant, rien n’est perdu pour toi jeune Julien Sorel, jeune Vladimir Petrovitch des temps modernes. En une seule petite journée privilégiée, tu feras chavirer ta douce colombe, celle pour qui dans ton cœur ça fait « boum-boum » que t’as jamais connu ça, jamais S.O.S Mayday Mayday.

Te voilà de bon matin au pied de l’immeuble de ta chère et tendre attendant patiemment que Mademoiselle se prépare. Tu seras en avance parce que tu es un garçon amoureux, elle sera en retard parce qu’elle est une fille coquette. Tu lui auras, bien entendu, apporté un pique-nique dont tu comprendras plus tard l’utilité, et des bonbons, parce que les fleurs c’est périssable. Si elle ne saisit ni la référence ni l’infinie tendresse des timides, sonne plutôt immédiatement chez la voisine d’en face.

Vous voilà donc partis, mes petits canaris, vers votre première étape du chemin de l’amour à la stéphanoise, la montée du Guizay !

VERS LE SEPTIÈME CIEL DES SEPT COLLINES

À pied ou en voiture, tu l’emmèneras là-haut contempler l’une des plus belles vues de la ville. Bien entendu, choisis ta journée et choisis-la bien. Il faut que le temps soit dégagé sinon question vue…

Évite aussi le vélo si tu ne souhaites pas que ta journée ne se finisse plus tôt que prévu. C’est quand même une côte de quatre kilomètres avec une pente moyenne de six degrés. Ça fait peut-être bien marrer Virenque mais je ne voudrais pas qu’on te retrouve à l’hosto pour avoir voulu lui montrer comment tes fesses étaient belles en danseuse.

Tu préféreras donc y monter tout doucement, à pied, en coupant par la forêt. L’ambiance champêtre et bucolique vous poussera aux conversations tendres et sincères. Pose-lui de vraies questions et ne te répands pas sur le fait que tu arrives à finir Hotline Miami en moins de quarante minutes même si c’est carrément badass. C’est aussi le bon moment de partager les bonbons offerts quelques instants plus tôt.

Une fois au sommet, et c’est là que se termine ce suspens insoutenable que j’entretenais et qui te remuait le fond des entrailles, le pique-nique ! Tu ne l’avais pas vue arriver celle-là hein, mon petit roudoudou !

Installez-vous délicatement sur l’herbe tendre, présente-lui tes offrandes faites sur l’autel de votre amour infini : les œufs durs, la salade de pâtes de mémé, la fourme, non pas de Montmirail, mais bien de Montbrison et le côte du Forez ou le GHB si tu sens ta Guenièvre un poil insensible et rigide à l’avalanche de charmes que tu déclenches.

Côte à côte, tels deux petites tourterelles, le moment est venu de lui décrire un peu la vue qui s’offre à votre festin de papilles et du cœur. Tu lui parleras de Rome et Lisbonne ayant comme Sainté sept collines, tu lui montreras le château de Rochetaillée sur votre droite, la Cotonne sur votre gauche et au centre la grand’rue, colonne vertébrale de la ville filante au loin. Tu lui parleras de ce tramway nommé désir, le premier en France dont tout le monde se moquait et qui est désormais l’exemple suivi par toutes les grandes métropoles.

Tu lui montreras évidemment le stade Geoffroy Guichard en prenant bien garde de ne pas t’emporter dans une analyse détaillée du classement de la Ligue 1. Contente-toi de raconter que le football, pour toi, c’est avant tout la beauté de la liaison sociale, du rassemblement et de la chaleur humaine.

À présent, écoute ce que ton Eurydice a à te dire, réponds justement et pose-lui des questions personnelles, tout en te gardant bien de loucher sur ses attributs même si ceux-ci sont étonnants. Rappelle-toi que ce moment privilégié est propice à la confession et à l’union de vos deux petits cœurs tous doux. Sinon à quoi bon s’emmerder, tu t’imbibes le crâne et puis tu files au Bul le samedi soir !

Maintenant qu’elle sait que ton âme est tendre et contemplative, que tu préfères regarder les étoiles à « Touche pas à mon poste » et cueillir des fleurs et des champignons à finir GTA V une deuxième fois dans sa version nextgen, vous pouvez commencer à redescendre.

DE LA CULTURE AVEC UN GRAND Q

Sur le chemin du centre-ville, ne loupe pas l’occasion de lui montrer la maison sans escaliers d’Auguste Bossu en te lançant dans une fine analyse de l’évolution de l’architecture au XX et XXIème siècle, pour montrer que t’es pas le plus con.

Passez devant la maison François Ier et profites-en pour lui glisser de juteuses anecdotes historiques apprises par cœur sur Wikipédia sur ce roi à femmes, comme cette célèbre maxime écrite par le roi lui-même sur les vitraux de Chambord :  « Souvent femme varie, bien fol est qui s’y fie. ». Raconte-lui aussi le bailli du Forez, Claude d’Urfé ami du roi, humaniste et surtout sacré bon b’let ! Nous parlerons de sa maison et de son petit-fils plus tard, ne te tortille donc pas comme ça d’indignation !

C’est ensuite dans la rue José Frappa, célèbre peintre stéphanois, que tu lui parleras de ta version du sfumato et du clair-obscur et tu finiras ce bouillon de culture sur le square Massenet racontant, les yeux levés vers ta muse, que Thaïs est peut-être l’opéra français le plus beau qu’il t’ai été donné d’entendre.

Ta chère et dangereuse Hélène sait maintenant quel amoureux des arts tu es et il est grand temps de lui montrer que, bien que sensible, t’es quand même un sacré putain de bonhomme ! Direction le Musée de la Mine.

Les énormes machines, la visite guidée sous terre, les coups de grisou, les chevaux à moitié aveugles mourant sous les galeries, tous ces hommes harassés et meurtris par cet ignoble travail, tout la bousculera juste ce qu’il faut pour qu’elle voie en toi le prodigue protecteur, le chevalier blanc dont elle a inconsciemment besoin. Reste donc proche d’elle, pas trop quand même on n’a pas encore poussé mémé dans les orties, ne t’éparpille pas à regarder trop en détail le fonctionnement des machines car il y a de fortes chances qu’elle s’en contrebalance autant que moi du tout dernier candidat des marseillais ch’ti à Mikonos Malibu machin-truc.

Susurre-lui quelques traits d’humour réconfortant à l’oreille et raccompagne-la doucement vers la sortie du musée. Tu peux maintenant verser une petite larme discrète mais perceptible et lui dire que tu es désolé mais que l’émotion est trop forte, tu penses à ton grand-père mineur emporté par ce lieu chargé d’une profonde et lourde histoire. Cette astuce la mettra dans les plus câlines des dispositions et est utilisable même si, en réalité, ton grand-père est à St-Trop’ se la coulant douce grâce au parachute doré qui a anticipé sa retraite.

LE CHOCOLAT ET L’OSEILLE

Terminé la culture, vous en avez plein vos crânes roucoulants et il est grand temps d’aller boire un petit thé, un petit chocolat, une petite camomille devant une délicate mignardise au Nelson.

Sur le chemin, passez devant la boutique Weiss et raconte-lui, les yeux brillants perdus dans l’horizon, l’odeur du chocolat de ton enfance que l’usine Weiss proche de la gare et désormais détruite répandait sur la route qui te ramenait chez tes parents. Termine ta tirade par un « hé Weiss ma gueule » montrant par là même quel joyeux luron tu peux être lorsqu’il s’agit de détendre l’atmosphère.

Au salon, propose-lui de l’inviter au restaurant et ne fais pas ta vieille radine, hors de question de se retrouver coincés dans un kebab douteux après tant d’efforts ; alors on fait péter la tirelire et on se choisit un restaurant digne de ce nom que tu pourras d’ailleurs choisir au préalable grâce à ce site internet.

Si elle tient à payer sa part c’est très bien, tu n’es pas tombé sur une fille vénale, veinard ! Mais refuse catégoriquement ! Si elle te sort que tu es vieux-jeu voire misogyne réponds-lui que des misogynes tu en connais un paquet et qu’à eux tous, toutes les deux minutes il y a quelque part une dulcinée qui mange gratos mais que tu refuses de distribuer de ce pain-là. Tu sera son héros, l’étoile qui brille dans ses yeux, essaye juste d’être à la hauteur de son sentiment sur le chemin du restaurant en évitant de trop montrer physiquement la souffrance que va te laisser ce repas niveau portefeuille.

Une fois sur place, je te laisse le gouvernail de la conversation qui vous fera voguer vers cinq enfants, un Scénic, une balançoire et Poupy, un adorable labrador. Partage avec elle toute l’émotion que cette journée t’a laissé sur le cœur et invite-la à aller visiter un jour prochain la Bâtie d’Urfé où Honoré d’Urfé a écrit son « Astrée ». Là-bas, assis sur un banc du jardin de la bâtie, enlace-la et sois le Céladon qui retrouve son Astrée sous l’auréole de l’amour parfait qui leur donne leur raison d’être.

Finalement qu’on soit de Saint-Étienne ou de Bali, l’important, mon petit kiwi pioupioutant, c’est l’harmonie et, aux dires d’une personne au sourire le plus délicat et savant qu’il m’ait été donné de contempler, le rythme aussi.

La vérité c’est que l’un ne peut aller sans l’autre, sublimant les mélodies de nos vies. Je vous souhaite une douce chanson, pleine de bonheur et d’enfants (pas trop quand même, c’est la crise !).