Comme beaucoup doivent le savoir, Détroit est l’invitée d’honneur de cette 10ème biennale international du design à Saint-Etienne. Un choix qui ne semble pas du au hasard, tant ces deux villes peuvent avoir plusieurs similitude, dans leurs histoires, leurs courbes et leurs manière de transformer leur avenir. Petit focus sur une idée de jumelage étasunien (désolé Des Moines).

Un passé très… trop industriel

Là où Saint-Etienne fut une des capitales de l’ère industrielle, avec ses mines et ses grandes industries, Détroit, de par sa géographie (au cœur des grands lacs), fut l’une des capitales manufacturières des Etats-Unis d’avant 1950. La croissance démographique des deux villes est très difficilement comparable en nombre mais en courbe elle se rejoint (+ 50% d’habitants pour Sainté entre la fin des années 80 et la fin des années 1930, plus de 100% pour Detroit) et aboutit à une large augmentation de la démographie jusqu’à la fin des années 1930… suivie par une interminable retombée jusqu’à aujourd’hui. Là où Saint-Etienne a Casino, Détroit a Ford et General Motor. Au niveau sportif, Detroit a été au premier plan dans les années 1940 à 1980 avec les Pistons (NBA), les Tigers (MLB) et surtout les Red Wings (NHL), club historique du hockey nord-américain. Peu de place pour le soccer (football), sport dans lequel nous Stéphanois excellons … enfin avons excellé.

Un difficile retour à la réalité

Détroit comme Saint-Etienne sont des villes fanions du monde ouvrier (working class) dans leur pays respectif. Ainsi, lorsque les usines, les mines et les compagnies ont fini petit à petit par fermer, forcées par la modernisation que n’avait pas anticipé ces villes, c’est toute une population qui est devenu asphyxiée. Detroit a été miné par des émeutes interraciales (1943), Saint-Etienne par de grandes grèves violentes (1910 mais aussi 1947-1948). Les deux villes affichent à la sortie de la période industrielle des climats sociaux compliqués qui font fuir de nombreux habitants en quête d’emploi. L’épopée des Verts ne fera que difficilement oublier l’actualité douloureuse de Sainté ; de son côté, Detroit s’enlise dans la violence et devient la ville avec le plus haut taux de criminalité des Etats-Unis.

Renaître de ses cendres

Là où Saint-Etienne est peu à peu gangrenée par le chômage et une dette municipale grandissante (depuis les emprunts toxique), Detroit va aller jusqu’à se déclarer en faillite, ce qui entraînera une panne immense d’électricité durant l’hiver 2014 (un hiver bien plus rude que l’hiver stéphanois)… Les villes vont alors trouver le souffle dans la créativité de leurs habitants. Les deux villes vont se rendre compte dès les années 2000 du magnifique terrain propice à la création et au design : Saint-Etienne va devenir la première (et la seule) ville française labellisée « ville créative de l’UNESCO (ville design) » tandis que Detroit va la rejoindre en 2015 en devenant une ville avec une forte concentration en design industrielle.

Saint-Etienne et Detroit vont se rapprocher des énergies underground, notamment au niveau musical, mais ne comparons pas l’incomparable (quoique Mickey 3D n’a rien à envier à Eminem !). Saint-Etienne fait toutefois figure de bastion de l’underground français, notamment aux niveaux des musiques reggae, dub et ska. Pour Detroit, on parle presque de capitale mondiale de la musique électronique et du hip hop. Il est intéressant d’observer qu’un grand bassin industriel offre souvent des groupes ou personnalités musicales et artistiques d’importance (Marseille et sa scène hip hop, Liverpool et les Beatles, Louane et le Nord-Pas-de-Calais… vous avez notez l’ironie… pour les Beatles hein ?). De plus, Detroit est devenue la Mecque des street artists là où Ella et Pitr ont offert une renommée mondiale à Sainté (et permettent de mettre en avant des crew comme : mongol, dsl, oni, KST etc.)

Cependant, si Saint-Etienne a pris le virage de la créativité plus rapidement que Détroit, il semblerait que cette dernière avance désormais plus vite que sa cousine française (l’aide d’Obama n’y est pas étrangère avec l’injection de 320 millions de dollars dans la reconstruction de la ville). Là où la cité stéphanoise (comme française tout entière) se déchire dans une crise sociale, ralentissant l’évolution de la matière grise hexagonale, la ville de Detroit à fait preuve d’un esprit de solidarité très important pour ne pas voir mourir la ville. C’est peut être ça le fameux rêve américain… dont aurait peut-être besoin Saint-Etienne (sauf en football, on est assez mauvais comme ça en ce moment ^^).